mardi 11 mai 2010

Erste Mai in Kreuzberg II

LES FORCES DE L’ORDRE

Quand nous nous sommes arrêtés et que les gens ont commencé à s’en aller, à se promener ou à simplement s’asseoir là où ils et elles étaient nous avons remarqué qu’il y avait beaucoup de policierEs. Ils et elles ne bloquaient pas d’issues, aucune rue, aucun recoin, mais il y avait des grands ou des petits groupes casqués partout. Certains bougeaient, d’autres non. Étant des manifestantEs nourris au grain montréalais, nous avons eu peur qu’ils soient positionnés comme ça dans le but de se refermer brusquement en cercle. Ça nous a pris du temps à comprendre ce qu’ils voulaient. J’avais l’impression qu’ils voulaient seulement disperser la foule avec leurs petits groupes mouvants, et qu’ils voulaient laisser à tout le monde la possibilité de s’en aller, ce que beaucoup ont fait. Quand il y avait trop de monde ensemble ou trop de monde qui voulaient passer à un endroit spécifique il y avait des casques qui se déplaçaient, qui séparaient la foule ou qui bloquaient un coin d’issue pour faire passer les gens d’un autre côté. ManifestantEs, policierEs, BerlinoisEs voulant profiter du dehors, et touristes impressionnés passaient les uns à côté des autres souvent en se frôlant.

C’était surréaliste de voir les touristes se faire photographier à moins d’un mètre devant une colonne d’uniformes verts casqués, de voir de jeunes punks parler calmement à d’autres uniformes casqués, de voir des porteurs de drapeaux rouges s’excuser à une famille qui mangeait sur une terrasse parce qu’ils avaient accroché leur table.

Mais surréaliste est un mot auquel nous avons pensé souvent pendant la soirée.

Et toujours, personne ne brisait quoi que ce soit, les restaurants restaient ouverts et les vendeurs de döners étaient tout à coup débordés par tous ces gens qui voulaient manger ou boire. Rien ne fermait et les gens restaient sur les terrasses. Pour mieux voir, il y avait des gens perchés partout, sur les boites à malle, sur les abribus et sur des panneaux de signalisation. Il n’y a eu que vers la toute fin que la police n’a plus supportée de gens perchés. Tout le long et partout où nous nous déplacions des gens grimpaient.

Puis vient toujours un temps où le soleil se couche.

Avec le soleil qui se couche sont arrivées les forces de l’ordre en noir. Elles avaient toutes des matraques et beaucoup avaient des tasers. Nous n'en avons pas vu sur les vertes et elles n’avaient rien dans les mains. Seulement un vert par équipe avait un bouclier, les autres n’avaient que des menottes.

Je ne sais pas comment ça a commencé. J’ai seulement entendu un bruit sourd vraiment très près de moi. C’était le début de plusieurs heures à courir en rond ou à longer lentement les murs dans les rues autour de cette place.

Les policierEs courraient d’un côté à l’autre tout dépendant du côté ou le bruit arrivait. Ils passaient toujours à côté de manifestants ou de simples passants sans les arrêter, mais simplement en poussant brusquement ceux et celles qui étaient sur leur passage. Ils se faisaient lancer de gros bouts de pavés et des bouteilles de bière. Autant sur leur personne que sur leurs véhicules. Je répète qu’ils n’avaient pas de bouclier… De voir les bouteilles se casser sur leurs poitrines ou leur tête avec comme seule réaction de les voir regarder d’où venait le projectile, mais sans se déplacer dans cette direction c’était impressionnant. Et notre belle SPVM qui pleure pour des bouts de légumes pourris…

Détail important : en Allemagne, la consommation d’alcool est permise dehors. Ce qui fait que bien des gens s’étaient amené de la bière ou allaient simplement s’en chercher chez les vendeurs de döners ou les restos, qui eux étaient encore ouverts!

C’était surréaliste. Attendre dans une file pleine de manifestantEs pour acheter une bouteille d’eau dans un comptoir dehors pendant que des gens mangeaient, et qu’on entendait des bruits sourds, des bouteilles qui cassent de tous les côtés, le bruit lourd des bottes qui courrent, et la musique techno des bars et des clubs qui montaient le volume.

Nous n’avons vu personne essayer de voler des trucs dans les comptoirs dehors ou leurs frigos qui étaient à côté. Nous n’avons vu personne essayer de fermer son commerce.

À chaque pas nous marchions sur du verre cassé, et nous n’en revenions simplement pas de voir des gens continuer à acheter de la bière, de voir que les forces de l’ordre permettaient l’achat perpétuel de projectiles.

Finalement, les gens se sont séparés peu à peu. Les conflits s’éloignaient des endroits très occupés et les manifestantEs étaient séparés.


Un feu a été allumé, a brulé un peu puis les policierEs l’ont éteint. À chaque fois que les manifestantEs se déployaient quelque part, ils nous laissaient aller. C’est seulement près d’une gare nous avons compris qu’à cet endroit, ils ne voulaient pas qu’on passe. Trois camions avec des canons à eau nous attendaient. Les policierEs sont aussi devenus plus agressifs et étaient mieux couverts. On est resté là longtemps à se déplacer d’un côté à l’autre, à ouvrir les yeux et arrêter de respirer quand une colonne noire casquée passait au trot à quelques centimètres devant nous pour se diriger vers le bruit d’une explosion.

Nous étions de moins en moins dans cette grande rue, devant la gare. Pendant ce temps-là j’avais l’impression qu’il y avait de plus en plus de casques partout, noirs, blanc, verts.

Puis ce fut assez. Les forces de l’ordre nous ont dit de dégager la rue, plusieurs fois, et ont poussé tout le monde à l’autre extrémité de la rue en faisant avancer les camions. Ils n’ont pas formé une ligne compacte d’un bout à l’autre de la rue, mais plusieurs petites lignes qui avançaient dans la rue. Ils demandaient aux gens de sortir ou les poussaient brutalement. On a été quand même chanceux, nous avons eu droit au «bitte » et ils ne m’ont pas touché. Faut dire bien franchement qu’avec mon permis de séjour je n’avais pas envie de jouer avec le feu… Pwel n’a jamais obtempéré autant que ça, aussi vite je pense…

On s’est juste déplacé dans une autre grande place/ intersection pleine de bars et de clubs. C’est là que j’ai vu les premiers cocktails Molotov de la nuit et que les bouteilles ont recommencé à pleuvoir. C’est aussi là que j’ai vu un espèce de gros tank avec un canon à ondes et que nous nous sommes fait charger directement pour la première fois de la nuit. Avant, étant donné que nous ne mettions le feu à rien, nous étions ok même si nous étions des fois très près des policierEs, mais rendu là ils rentraient dans tout ce qui bougeait. Rendu là on avait besoin de courir très très très vite… Rendu là ils attrapaient les gens pour les arrêter.


C’était chaotique; les gens tapaient sur les véhicules des forces de l’ordre en marche tout en hurlant des « fuck you! », les véhicules allaient de tous les côtés, les colonnes d’uniformes casqués rentraient dans les gens de tous les côtés, des gens saouls criaient et riaient et nous entendions des petites explosions un peu partout. Et toujours la musique des bars et des clubs, qui n’étaient pas fermés mais pourtant si près de l’action, en arrière plan.

Nous sommes restés là un bon bout, mais ça se sentait que l’ambiance était différente. Il y avait tout à coup plein de gens saouls partout qui venaient grossir les groupes de manifestantEs. C’était plus difficile de nous séparer et nous paraissions plus imprévisibles qu’avant.

Nous sommes partis juste avant qu’ils ne tirent avec les canons à eau.

1 commentaire:

Sébastien a dit…

C'est fou! En te relisant et en me remémorant la soirée, je réalise qu'ils étaient vraiment séparés en teams de couleurs. Comme dans un jeu vidéo :)

hâte que tu écrives ce que tu en retires. 'était tellement le fruit de bonne réflexions et d'une bonne dose de désespoir/lassitude/désillusion face au Qc