mardi 3 avril 2012

Les scabs, les baillons, et nous

Une fois n’est pas coutume; aujourd’hui j’ai vécu une expérience qui m’a beaucoup bouleversée et que j’aimerais partager avec vous. Ajoutez à ça que nos exécutantEs d’assos facultaires en grève ont reçu une injonction dans la gueule, et je trouve que ma journée s’est passée sous le signe des scabs et de la répression. De la laideur et de l’individualisme. De l’arrogance et de la violence.

Tout d’abord, un accro pendant blocage des pavillons des sciences de l’UQAM ce matin. Au-delà du fait qu’il me semblait que les gens qui auraient du savoir ne connaissaient pas si bien le terrain, et ses nombreux tunnels de pavillons à pavillons, c’est surtout un incident physique qui m’a remuée, mentalement et physiquement.

Nous voyons un groupe de gens devant une porte discuter très fort. Nous nous approchons pour constater que des gens étaient derrière la porte, tout en filmant à travers la fenêtre, ils voulaient faire entrer les gens de l’extérieur qui insultaient les gens qui bloquaient pour entrer. Nous embarquons dans la discussion tout en se plaçant devant la porte, et à mon grand déplaisir, une dame qui semble avoir des traits asiatiques nous engueule en anglais en disant qu’elle avait décidé de venir au Québec pour travailler et que si c’est pas ça qu’on veut faire, qu’on a juste à s’en aller du Québec. Elle continue à vociférer que tout ce qu’elle veut faire c’est aider l’économie et que nous on fait rien. Pendant ce temps les prix nobels qui étaient à l’intérieur poussent sur la porte en hurlant (toujours en se filmant) qu’on les empêche de sortir, qu’on les empêche d’utiliser une sortie, et que c’est illégal (gang de morons vous aviez même pas de manteaux, on vous a vu venir de loin… pendant que vous vous trouviez sûrement ben intelligents)! On se rend compte que techniquement c’est vrai qu’on doit les « laisser sortir » (i.e. ouvrir la porte), mais il n’était quand même pas question de laisser entrer la gang qui voulait « aider l’économie » (sic).

À partir de là, tout est allé très très vite. Je me suis fait pousser vers l’intérieur entre la gang qui ouvrait la porte et la gang qui poussait pour entrer. Je me suis ramassée dans les escaliers qui montaient et j’ai fait la seule chose que mes réflexes m’ont permis de faire : avec mes deux mains, je me suis accrochée de toutes mes forces aux deux rampes d’escalier. Ce faisant, je bloquais encore une partie des gens qui avaient voulu entrer et celui qui était devant moi était un grand homme beaucoup plus large et grand que moi, qui criait très fort en anglais et qui me poussait fort. Dans le brasse-camarade des secondes qui ont suivi, j’ai perdu pied dans l’escalier et il m’a allégrement marché dessus dans sa passion féroce pour aller travailler. J’ai crié. Beaucoup. Parce que j’ai eu mal, parce que j’avais la rage, et parce que j’étais désorientée. Mais j’ai crié. J’ai crié fort. Évidemment, le tout encore filmé par le taouin qui se découvrait sûrement un grand talent de caméraman et qui pense sûrement que cet enregistrement constitue la preuve ultime de « nous les méchantEs bloqueurEs ».

Si vous voyez un YouTube d’une fille qui hurle dans un vidéo antigrève « LÂCHE MOI! TU ME FAIS MAL! TU ME MARCHES DESSUS! AHHHHHHHHHHH!», c’est moi.

Je pense que j’ai de la difficulté à en revenir à cause des images qui me reviennent et du sentiment d’horreur qui ne s’en va pas.

- Qui veut tellement aller travailler qu’il est prêt à marcher sur quelqu’un pour le faire?
- Pourquoi filmer pour nous « prendre au piège » (par la porte « fermée », par la violence, par l’altercation)? Il me semble qu’une attitude beaucoup plus humaine aurait été d’essayer de calmer le jeu au lieu de mettre de l’huile sur le feu.
- De la même manière, leur petit mensonge (« laissez nous sortir! ») n’a été fait qu’à l’intention de la caméra. Ils voulaient monter de toutes pièces un vidéo qui les montre comme victimes. Et le scénario de ce vidéo n’avait comme finalité que d’exister en lui-même. Les gens qui ont fait ce vidéo n’ont jamais eu l’intention que ça se passe bien, ils espéraient que ça se passe mal, et j’ajoute même que de faire entrer leurs camarades était accessoire. Ils voulaient prouver un point par un vidéo.

Je suis profondément bouleversée par cet épisode. Ce n’est pas comme un flic en uniforme duquel tu t’attends à te faire tabasser (quand ça arrive ça choque, mais on s’y attend quand même…), c’est un dude normal. Ce sont des civils normaux qui nous ont piégés, et qui nous ont poussés. C’est un civil normal qui m’a poussée qui m’a marché dessus… parce qu’il voulait aller travailler.

Je pense que dans la bousculade, après m’être relevée de terre je l’ai empoigné et tiré en lui criant de s’en aller, de me laisser tranquille. Je ne sais plus… L’autre gros cave doit le savoir lui sur sa caméra…

***

Dans un ordre d’idée pas si lointain, je vous présente Maude N. Béland. Maude a contribué activement à espionner des pages et des profils Facebook d’individus et de comités dans le but de les donner à son maître, euh s’cusez, son employeur, qui est l’UQAM, dans le but de produire une injonction de 300 pages avec tout plein de captures d’écran. Rien de moins.


Belle perruche, tu auras un biscuit.

D’ailleurs… Ne paniquons pas, nous avons déjà vu ce genre d’initiatives dégueulasse de la part de l’UQAM. À l’époque tout était tombé, les exécutantEs de l’époque n’avaient rien eu à payer et personne n’est allé en prison. Par contre je me rappelle que ça avait donné un coup dur au moral. Ce qui ne doit pas arriver aujourd’hui. Le cégep d’Alma ces jours-ci nous prouve qu’il y a moyen d’être créatifVEs pour empêcher les cours.

Disons que je nous donne tous et toutes la soirée pour revenir de nos émotions. Demain matin on repart en feu.

5 commentaires:

agitateur a dit…

Bienvenue dans la lutte des classes, Pwel.

Bakouchaïev a dit…

Mon corps n'a pas suivi ce matin à cause de la manif de la veille. En même temps je ne sais pas comment j'aurais réagi face à une telle situation. Probablement mal.

Mouton Marron a dit…

Je les hais.

Ça me rappelle une anecdote assez sportive qui date de 2007 ou 2008, après laquelle un étudiant d'histoire à l'UdeM a été expulsé dans l'indifférence générale.

Un prof (scusez un chargé de cours), pendant la grève, avait décidé de donner son cours pareil. Dans la classe, peut-être le tiers des étudiant-e-s étaient resté-e-s et insultaient vertement les étudiant-e-s venu-e-s perturber le local. Après plusieurs provocations physiques de la part du prof (il donnait des coups au visage d'un gars avec son plan de cours), un étudiant scab avec du gel d'ins cheveux est descendu et a frappé deux étudiant-e-s. Le tout immortalisé sur vidéo par un autre scab.

Finalement, nous avons tous eu une note à notre dossier, sauf un gars qui n'a pas été identifié, et celui qui avait reçu les coups de plan de cours, qui a été expulsé du programme, (après avoir été dénoncé par certains de ses pairs, d'ailleurs).

Le meilleur mot que je trouve pour qualifier les gens du type, ceux qui t'ont marché dessus, ceux qui ont trahi mon ami et les autres qui l'ont frappé, mis à part "scabs", c'est "larves".

Anonyme a dit…

Suis le pouilleux d'en haut. Si jamais vosu avez des suggestions poiur me guider, j'ai oublié de laisser mon email: icarus@riseup.net

Et sors de Facebook! C'est prouvé que la Police et les services secrets l'utilisent pour avoir des infos personnelles sur toi.

Pars-toi un canal IRC avec tes ami(e)s... va être plus efficace et confidentiel.

bye, là, et oublies pas d'utiliser le kung fu la prochaine fois. La justice sociale ça se fait aussi dans l'ultra-violence.

Anonyme a dit…

Eux... mon message a été enlevé... voulais juste savoir c'est où je devrais me tenir si je veux soutenir la "sécurité" militante la prochaine fois, plutot que de m'emmerder avec des petits moutons qui font du spectacle avec leurs cubes rouges.

merci